Il y a des bouquins comme ça dont on ne peut plus sortir la tête dès l'instant où on les a lu.
Des textes sur lesquels on a jeté un œil distrait, intéressée uniquement par la présence d'un mot qui nous intéresse.
Et finalement, impossible de s'en remettre. Le choc. Whoa. Le même genre de baffe dans la tronche que la première fois qu'on mate du Esther Gagné. Le choc.
Et on relit. On relit. On diffuse sur internet. Mais comme ça ne suffit pas, on montre à ses amis, à son conjoint, pour peu on le montrerait à son père et à sa mère, mais vu nos divergences de points de vue sur ce type de sujets... Bref, on évite.
C'est le genre d'effet que m'ont fait les premières pages de
La douceur du corset.
Pour être tout à fait honnête, je n'ai pas découvert ce petit bijou en librairie, mais sur internet, par le biais du
DeviantArt de M16, une dessinatrice amatrice que je suis discrètement mais avec pas mal de ferveur depuis quelques années (genre, depuis que je suis au collège quoi).
Et là, c'est le choc. Le "Omagad" impossible à retenir. Quand on est de nature jalouse comme moi, on se dit "Mais pourquoi c'est pas moi qui l'ait écrit bordeeelllllll ???!". Jalousie, mais aussi pure admiration pour un texte qui reflète mot pour mot, image par image mon ressenti quand j'ai porté pour la première fois mon corset. Je dis "mon" au singulier, car je n'en possède qu'un seul de vraie qualité, les autres n'étant que des accessoires en plastique que je ne met pratiquement plus.
Le souci ? Enfin, souci est un bien grand mot... Plutôt, le fait est que quand j'aime à ce point un texte, je ne peux plus le lâcher. Pour les rares personnes qui lisent en parallèle Les Extraits, vous avez probablement constaté vous même à quel point ce texte est graphique, sensuel, vivant... Et pour la première fois, j'ai réellement ressenti le besoin, l'envie et toute la motivation du monde pour mettre en scène et jouer ce texte.
Il faut se dire une chose, c'est que je suis quelqu'un de fondamentalement fermé à la visualisation. Malgré ma consommation gargantuesque de romans pendant des années, je n'ai jamais été capable d'avoir une image dans la tête à partir d'une description écrite, ce qui a fait de moi une amatrice d'adaptations romans -> cinéma convaincue pendant mes folles années, du fait de ma frustration de ne pas être capable de me représenter un monstre, un personnage, ou une configuration spatiale. Et pourtant...
Pourtant, en re-lisant pour l'Xème fois ce texte, pour la première fois avec l'idée éventuelle "tiens, ça pourrait être particulièrement intéressant si c'était mis en scène", le choc.
Oui, encore un choc.
Première fois de ma petite vie que j'arrive instantanément à visualiser l'exacte configuration du plateau que je verrais pour jouer ce texte. Dans la catégorie première fois, j'ai eu l'impression de revenir à mon premier orgasme. "WHAOW, alors c'est ça ?!"
De cours en cours, d'analyse dramaturgique en TD sur les lumières, je nourris mon projet. J'ai acheté le livre, dévoré les autres nouvelles, qui m'apportent à leur tour de nouveaux éléments pour comprendre le texte, qui s'avère n'être qu'une première partie, la seconde étant un parallèle avec une relation avec un certain type d'homme. Je me tate, j'hésite, mais je pense sincèrement me contenter d'adapter uniquement la partie vestimentaire, puisque ce n'est que du rapport à soi-même que je veux parler, et pas d'une relation de couple. J'ai envie de parler du vêtement, de son effet, de l'utilité du subversif. Je sais déjà que le texte sera complété d'une réflexion personnelle, racontée également sur scène (peut-on parler de méta-pièce de théâtre ?). Je trépigne, je griffonne mon plan de plateau, j'envisage des entrées, des sorties, peut-être un chœur d'assistantes au lieu d'une seule ?
C'est là que ça se complique. Encore une fois, je suis mise en face de mon incapacité à gérer des personnes, et à plus forte raison à faire les démarches pour les recruter et trouver un lieu de répétition. Blocage. Argh, putain, pourquoi faut-il toujours être un être civilisé ?
Je grogne, grommelle, me paralyse de trouille, mais je reprends mon bouquin et mon crayon. Ne mettons pas la charue avant les bœufs, voulez vous ? Je dois maitriser ce texte, écrire l'intégralité du para-texte, mettre entièrement à plat ma mise en scène, demander conseil à mes maîtres incontestés (alias, les profs de théâtre à qui je dois TOUT), remettre à plat, demander des avis complémentaires, en prendre compte, puis me rendre compte que non...
Je veux mettre en scène ce texte.
Je veux le jouer.
Et j'y arriverai.
Quitte à devoir attendre quatre années avant d'être en M2.